{"id":5942,"date":"2026-03-06T08:09:23","date_gmt":"2026-03-06T06:09:23","guid":{"rendered":""},"modified":"2026-04-06T09:11:28","modified_gmt":"2026-04-06T07:11:28","slug":"accused-of-sabotage-fr","status":"publish","type":"expeditions","link":"https:\/\/servcrmpro.online\/fr\/expeditions\/busted-in-mozambique\/accused-of-sabotage-fr\/","title":{"rendered":"Cahora Bassa II : En taule"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<h1>L&#x27;\u00e9quipe Orgonite reste en prison<\/h1>\n<h3>Des espoirs an\u00e9antis<\/h3>\n<p>Au lieu de cam\u00e9ras de t\u00e9l\u00e9vision et de fonctionnaires au visage souriant, heureux de mettre fin \u00e0 cet \u00e9pisode embarrassant, nous nous sommes retrouv\u00e9s dans une cellule de d\u00e9tention indescriptible, situ\u00e9e sous le grand escalier officiel du Palais de justice et du Parquet provincial de Tete. Et ce, apr\u00e8s avoir attendu deux heures dans un couloir devant le bureau du procureur pour que des formalit\u00e9s administratives soient r\u00e9gl\u00e9es. Nous n&#x27;avons pu voir Nhantumbo que bri\u00e8vement avant d&#x27;\u00eatre enferm\u00e9s, et il nous a dit que nous allions \u00e0 la \u00ab prison civile \u00bb de Tete (Cadeia Civil) ; il \u00e9tait encore optimiste, affirmant : \u00ab C&#x27;est votre moyen de vous en sortir ! \u00bb Nous \u00e9tions loin de nous douter&#8230;<\/p>\n<p>Oh mon Dieu, environ 20 personnes sur 20 m\u00b2, dont l\u2019une avait une blessure par balle r\u00e9cente et non soign\u00e9e au genou, g\u00e9missant de douleur. Pas de toilettes.<\/p>\n<p>Les prisonniers avaient am\u00e9nag\u00e9 un coin pour \u00e7a. Oh, quelle puanteur ! C&#x27;\u00e9tait vraiment difficile de respirer. Apr\u00e8s des heures pass\u00e9es dans ces conditions p\u00e9nibles, pendant lesquelles certains prisonniers ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s et la lourde porte en acier s&#x27;est referm\u00e9e en claquant, on nous a fait sortir nous aussi.<\/p>\n<p>On nous a conduits vers un camion dont la benne avait \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e en cage d\u2019acier avec des bancs rudimentaires. Il \u00e9tait conduit par un prisonnier. Nous avons appris \u00e0 mieux le conna\u00eetre par la suite. Paulo \u00e9tait le premier type qui avait vraiment l\u2019air d\u2019un criminel endurci, couvert de tatouages et avec tout le tralala.<\/p>\n<p>Nous ne nous sentions pas tr\u00e8s bien \u00e0 ce stade. Le journal que j\u2019ai tenu ces jours-l\u00e0 a \u00e9t\u00e9 perdu, je vais donc plut\u00f4t raconter ces journ\u00e9es \u00e0 Tete au fur et \u00e0 mesure que mes souvenirs me reviennent. Caravans\u00e9rail bizarre.<\/p>\n<p>Dommage qu\u2019on n\u2019ait pas pu prendre de photos. Je vais maintenant essayer de recr\u00e9er le d\u00e9cor bizarre qui nous attendait \u00e0 \u00ab La Cadeia Civil do Tete \u00bb. De l\u2019ext\u00e9rieur, c\u2019\u00e9tait un b\u00e2timent blanchi \u00e0 la chaux plut\u00f4t joli, avec un grand portail en bois \u00e0 double battant ; \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, la prison \u00e9tait une cour carr\u00e9e sale, entour\u00e9e de b\u00e2timents abritant les cellules. Entour\u00e9e de murs de 6 m\u00e8tres de haut, la cour ressemblait vaguement \u00e0 une place de march\u00e9 dans une ville swahilie de Tanzanie. Dens\u00e9ment peupl\u00e9e d\u2019environ 800 prisonniers, l\u2019endroit ressemblait \u00e0 une place de march\u00e9, mais sans marchandises \u00e0 vendre.<\/p>\n<p>Il y avait une estrade sur\u00e9lev\u00e9e avec un toit en t\u00f4le ondul\u00e9e qui semblait destin\u00e9e \u00e0 la vente de poisson ou de viande, mais on l\u2019appelait \u00ab l\u2019\u00e9glise \u00bb. Alors que la majeure partie de la cour n\u2019\u00e9tait qu\u2019un sol poussi\u00e9reux, pi\u00e9tin\u00e9 et \u00e9rod\u00e9, o\u00f9 les vestiges d\u2019un ancien pavage \u00e9taient encore visibles pour un \u00ab \u0153il form\u00e9 \u00e0 l\u2019arch\u00e9ologie \u00bb, les gardiens avaient r\u00e9ussi \u00e0 cl\u00f4turer un petit carr\u00e9 d\u2019herbe verte o\u00f9 trois arbres, dont un palmier, projetaient une image quelque peu tropicale. Celui-ci se trouvait devant le bloc administratif et \u00e9tait strictement surveill\u00e9. Personne n\u2019avait le droit de pi\u00e9tiner l\u2019herbe.<\/p>\n<p>Un \u00ab H\u00f4tel Tropicana \u00bb aux options de loisirs limit\u00e9es\u2026 Apr\u00e8s nous \u00eatre d\u00e9j\u00e0 quelque peu habitu\u00e9s \u00e0 la prison de Songo, dont la population \u00e9tait bien moins nombreuse, cela a bien s\u00fbr d\u2019abord \u00e9t\u00e9 effrayant.<\/p>\n<p>La masse des prisonniers, rien que \u00e7a. Nous \u00e9tions recroquevill\u00e9s dans un coin sous la surveillance de gardes arm\u00e9s et c&#x27;est l\u00e0 que nous avons finalement \u00e9t\u00e9 d\u00e9pouill\u00e9s de nos derniers effets personnels.<\/p>\n<p>Les derniers pendentifs d\u2019orgone et zappers que nous avions r\u00e9ussi \u00e0 garder \u00e0 Songo nous ont \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9s. Pas de chance, car notre sant\u00e9 se d\u00e9t\u00e9riorait lentement, bien s\u00fbr. Juste apr\u00e8s notre arriv\u00e9e \u00e0 la prison, l\u2019\u00e9quipe de t\u00e9l\u00e9vision mozambicaine qui nous avait d\u00e9j\u00e0 interview\u00e9s \u00e0 Songo est arriv\u00e9e.<\/p>\n<p>Notre incarc\u00e9ration a \u00e9t\u00e9 rejou\u00e9e devant la cam\u00e9ra. C\u2019est ainsi que l\u2019on fait les informations, au cas o\u00f9 vous ne le sauriez pas. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s de cette mani\u00e8re (ils voulaient raser les impressionnantes dreadlocks de Prophet, une id\u00e9e \u00e0 laquelle ils n\u2019ont renonc\u00e9 qu\u2019apr\u00e8s l\u2019intervention de Nhantumbo), nous avons \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 nos chefs de cellule (chefe do cela).<\/p>\n<p>Ce fut une agr\u00e9able surprise. Le syst\u00e8me \u00e9tait assez bien organis\u00e9 dans cette prison. Outre le \u00ab chefe do cela \u00bb, charg\u00e9 de la responsabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de la cellule, il y avait un \u00ab chefe do seguran\u00e7a \u00bb, responsable de l\u2019autodiscipline des d\u00e9tenus sous sa juridiction, et un \u00ab chefe do higiene \u00bb, charg\u00e9 de maintenir la cellule, en particulier les sanitaires, propres. La relation entre les prisonniers et les gardiens \u00e9tait tr\u00e8s diff\u00e9rente ici de celle de Songo.<\/p>\n<p>La plupart du temps, les 5 ou 6 gardiens de service s\u2019asseyaient sur le petit porche du bloc administratif, surplombant la cour de la prison. On les voyait rarement se m\u00ealer aux prisonniers. Une \u00e9conomie de pouvoir et de contr\u00f4le. Ils \u00e9taient beaucoup plus sur la d\u00e9fensive, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019ils \u00e9taient en inf\u00e9riorit\u00e9 num\u00e9rique face \u00e0 la masse des prisonniers et qu\u2019ils portaient toujours des armes.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Mon chef de cellule, Aurelio Rato, s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre un homme tr\u00e8s honn\u00eate. Il \u00e9tait instituteur \u00e0 Songo avant d\u2019\u00eatre jet\u00e9 dans ce taudis, pour avoir battu sa petite amie sous l\u2019emprise de l\u2019alcool. Mis \u00e0 part ce seul \u00e9cart aux cons\u00e9quences fatales, il avait \u00e9t\u00e9 un \u00ab membre utile de la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb pendant la majeure partie de sa vie, ayant notamment fond\u00e9 et pr\u00e9sid\u00e9 une association caritative qui s\u2019occupait des malades et des d\u00e9munis.<\/p>\n<p>Il enseignait les arts et les math\u00e9matiques, et m\u00eame en prison, il continuait \u00e0 donner des cours dans ces mati\u00e8res. Il existait un programme d\u2019alphab\u00e9tisation permettant aux d\u00e9tenus peu instruits d\u2019acqu\u00e9rir au moins un niveau de lecture et d\u2019\u00e9criture \u00e9quivalent \u00e0 celui d\u2019un \u00e9l\u00e8ve de CM1. Il lui restait encore deux ans \u00e0 purger, mais il \u00e9tait d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 reprendre ses \u00e9tudes \u00e0 l\u2019universit\u00e9 d\u00e8s sa sortie.<\/p>\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, nos relations avec les autres d\u00e9tenus \u00e9taient plut\u00f4t bonnes et, apr\u00e8s avoir fait la connaissance des principaux acteurs de cette \u00e9trange soci\u00e9t\u00e9 derri\u00e8re les murs, nous ne nous sommes jamais sentis menac\u00e9s par les autres prisonniers, bien qu\u2019en raison de notre statut de \u00ab suspects de terrorisme \u00bb, nous fussions entass\u00e9s avec des suspects et des condamn\u00e9s pour \u00ab viol, meurtre et vol \u00e0 main arm\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p>Certes, nos cod\u00e9tenus n\u2019\u00e9taient pas tous des anges, mais nous n\u2019avons jamais \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins d\u2019aucune forme de violence ouverte. La cellule o\u00f9 Prophet et moi avons \u00e9t\u00e9 conduits mesurait environ 5 x 7 m\u00e8tres (pour 92 prisonniers en th\u00e9orie !) et comportait une petite pi\u00e8ce de 3 x 1 m\u00e8tre qui servait de \u00ab casa do bagno \u00bb.<\/p>\n<p>Des restes de carrelage et d\u2019anciennes canalisations indiquaient qu\u2019il devait autrefois y avoir eu quelque chose qui ressemblait \u00e0 des installations sanitaires modernes. Peut-\u00eatre y avait-il autrefois des toilettes en \u00e9tat de marche et certainement un lavabo. Ce n\u2019\u00e9tait plus le cas. Pour les toilettes, il fallait s\u2019accroupir au-dessus de l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 du tuyau d\u2019\u00e9vacuation et essayer de viser sans trop salir le sol.<\/p>\n<p>Plus tard, le \u00ab chefe do higiene \u00bb fit construire un muret de briques autour de cet endroit, avec une chape de ciment en forme de cuvette qui facilitait les choses. La chasse d\u2019eau se faisait \u00e0 l\u2019aide d\u2019un seau, tout comme la douche.<\/p>\n<p>\u00c9tonnamment, environ 70 % des prisonniers restaient tr\u00e8s propres, m\u00eame dans ces conditions. Les 30 % restants \u00e9taient ceux qui avaient baiss\u00e9 les bras. Ce sont eux qui meurent du \u00ab sida \u00bb, ou plut\u00f4t de malnutrition et d\u2019un manque de volont\u00e9 de vivre.<\/p>\n<p>Les toilettes \u00e9taient toujours prises d\u2019assaut et ce Muzungu (votre serviteur) devait faire jouer toutes ses relations pour r\u00e9server un cr\u00e9neau afin de pouvoir s\u2019occuper de son hygi\u00e8ne personnelle pendant la journ\u00e9e. La surpopulation \u00e9tait bien s\u00fbr \u00e9norme.<\/p>\n<p>Ces cellules avaient \u00e9t\u00e9 initialement con\u00e7ues pour accueillir au maximum 15 prisonniers. Sur les 92 prisonniers affect\u00e9s \u00e0 notre cellule, une vingtaine \u00e9taient autoris\u00e9s \u00e0 dormir dehors, soit parce qu\u2019ils poss\u00e9daient la tr\u00e8s convoit\u00e9e \u00ab carte de malade \u00bb (la tuberculose s\u00e9vissait bien s\u00fbr, nous avions 5 ou 6 cas de tuberculose active rien que dans notre cellule), soit parce qu\u2019ils avaient en quelque sorte la confiance des gardiens, des d\u00e9tenus condamn\u00e9s \u00e0 de longues peines qui ne voulaient pas g\u00e2cher leurs chances de lib\u00e9ration anticip\u00e9e par de vaines tentatives d\u2019\u00e9vasion.<\/p>\n<p>Maintenant, s&#x27;il vous pla\u00eet, ne vous attendez pas \u00e0 ce que cela ressemble aux prisons que vous connaissez dans les films am\u00e9ricains, d&#x27;accord ? Pas de lits, pas de couvertures, pas de tenues de prison. On dort simplement par terre avec ce qu&#x27;on a. Avec quelque 70 d\u00e9tenus sur 35 m\u00e8tres carr\u00e9s, cela vous laisse un demi-m\u00e8tre carr\u00e9 comme espace personnel pour dormir.<\/p>\n<p>Pas beaucoup d\u2019intimit\u00e9 l\u00e0-dedans. La vie sur les navires n\u00e9griers devait \u00eatre similaire, si on peut appeler \u00e7a de la vie. Seulement, les esclaves \u00e9taient \u00e9galement maintenus dans l\u2019obscurit\u00e9 et dans leurs propres excr\u00e9ments, si bien que la moiti\u00e9 d\u2019entre eux \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement morts \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e. Ici, le taux de mortalit\u00e9 \u00e9tait un peu plus lent, car nous pouvions encore voir le ciel tous les jours ; nous n\u2019avons donc vu \u00ab que \u00bb quatre ou cinq prisonniers mourir de malnutrition et de maladie pendant notre s\u00e9jour.<\/p>\n<p>Les effets personnels \u00e9taient autoris\u00e9s dans les cellules et il \u00e9tait m\u00eame possible d\u2019acheter des nattes de bambou, dont certaines \u00e9taient fabriqu\u00e9es par les prisonniers \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, d\u2019autres apport\u00e9es de l\u2019ext\u00e9rieur. Certains prisonniers avaient m\u00eame de minces matelas en mousse et des couvertures. Au bout d\u2019un certain temps, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 \u00e0 partager un matelas avec Daniel, qui est devenu plus tard \u00ab chefe do higiene \u00bb.<\/p>\n<p>Mon lieu de sommeil habituel \u00e9tait pr\u00e8s de la porte de la cellule, mais aussi pr\u00e8s des toilettes (l\u2019odeur !). Parfois, je sentais un rat ramper sur moi pendant la nuit et, une fois, je me suis r\u00e9veill\u00e9 dans une telle situation et, encore \u00e0 moiti\u00e9 endormi, j\u2019ai jet\u00e9 ce vilain rongeur dans le tas de mes compagnons de cellule endormis, en criant, ou plut\u00f4t en hurlant \u00e0 tue-t\u00eate \u00ab um rato \u2013 um rato ! \u00bb. Cela m\u2019a valu beaucoup de moqueries qui ont dur\u00e9 longtemps.<\/p>\n<p>Il y avait bien s\u00fbr des milliers de ces petites bestioles qui rampaient partout, toujours \u00e0 la recherche de restes de nourriture. Elles se sentaient tout aussi \u00e0 l\u2019aise dans le r\u00e9seau d\u2019\u00e9gouts d\u00e9labr\u00e9 et n\u2019\u00e9taient certainement pas de gages de bonne sant\u00e9. Ceux qui recevaient des visiteurs de l\u2019ext\u00e9rieur disposaient bien s\u00fbr de provisions personnelles, qu\u2019ils conservaient dans des sacs suspendus au-dessus du sol. En fait, sans cette nourriture suppl\u00e9mentaire, on serait mort de malnutrition en un rien de temps, car la prison ne fournissait que de la bouillie de ma\u00efs (Nshima), du riz et des haricots. Toutes les autres provisions livr\u00e9es \u00e0 la prison et pay\u00e9es par l\u2019\u00c9tat \u00e9taient imm\u00e9diatement r\u00e9parties entre les gardiens. Du coup, les prisonniers sans relations \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur ne voyaient de la viande ou des l\u00e9gumes qu\u2019une fois par an, peut-\u00eatre.<\/p>\n<p>Vivre comme des rois (tout est relatif) Nous avions tout de m\u00eame acc\u00e8s \u00e0 de l\u2019argent. L\u2019argent qui nous avait \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9 \u00e9tait d\u00e9pos\u00e9 au bureau et pouvait \u00eatre retir\u00e9 par petites sommes, \u00e0 hauteur de 500 meticais par jour maximum. Cela nous permettait de vivre dans un luxe relatif. Il y avait une petite cantine, tenue par des prisonniers (sous la licence corrompue d\u2019un gardien en particulier), qui vendait quelques produits de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9. Des cigarettes (je fumais comme un pompier en prison), des allumettes, des petits sachets de lessive en poudre \u00ab Omo \u00bb pour l\u2019industrie florissante de la blanchisserie, des lames de rasoir (!), des bonbons, des petits carnets, du dentifrice et des brosses \u00e0 dents (qui perdaient leurs poils au bout de 3 jours) et quelques autres petits articles, ainsi que du th\u00e9 et des sodas. Mais le vrai r\u00e9gal, c\u2019\u00e9tait leur petit-d\u00e9jeuner. Chaque matin, nous allions chercher un thermos de th\u00e9 sucr\u00e9 (le sucre est r\u00e9confortant dans ces circonstances), des biscuits \u00ab Zama-Zama \u00bb \u00e0 l\u2019ar\u00f4me artificiel d\u2019amande et (le plus d\u00e9licieux de tous) un petit pain fourr\u00e9 d\u2019un \u0153uf au plat. Waouh, quel d\u00e9but de journ\u00e9e en prison ! Mais le d\u00e9jeuner surpassait tout \u00e7a ! Le Dr Nhanthumbo nous servait de v\u00e9ritables mets raffin\u00e9s. Chaque jour, sa femme ou leur femme de m\u00e9nage venait nous apporter un panier contenant du riz (joliment cuit avec du safran et du curry), du poulet ou du poisson et parfois de la viande. Et toujours quatre canettes de soda bien frais. Je suis s\u00fbr que nous faisions l\u2019envie de toute la prison.<\/p>\n<h3>Notre routine quotidienne<\/h3>\n<p>Les cellules s\u2019ouvraient au lever du soleil. On nous autorisait alors \u00e0 sortir pour commencer la journ\u00e9e en nous d\u00e9gourdissant les membres engourdis et en prenant notre petit-d\u00e9jeuner. Vers 7 h 30, nous devions \u00eatre de retour dans nos cellules pour l\u2019appel. (Chamada) Les noms \u00e9taient appel\u00e9s par le \u00ab chefe de seguranca \u00bb en pr\u00e9sence d\u2019un gardien et chacun devait confirmer sa pr\u00e9sence en disant \u00ab pronto ! \u00bb ou \u00ab sto ! \u00bb (Je suis l\u00e0) d\u2019une voix forte et claire. J\u2019ai appris plus tard \u00e0 ajouter \u00ab Sto contra vontad \u00bb juste pour que ce soit clair. (Cela signifie : \u00ab Je suis l\u00e0 contre ma volont\u00e9 \u00bb)<\/p>\n<p>Certains jours (sans sch\u00e9ma reconnaissable), nous devions nous aligner dans la cour et chanter l\u2019hymne national (\u00ab Mozambique e nossa terra gloriosa&#8230; \u00bb \u2013 Le Mozambique est notre glorieuse patrie&#8230;)<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la chamada du matin, on nous laissait pour l\u2019essentiel tranquilles pour le reste de la journ\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 environ 18 heures, heure \u00e0 laquelle nous devions regagner nos cellules pour un nouvel appel. Nous essayions de rester ensemble en tant que groupe, m\u00eame si ce n\u2019\u00e9tait pas toujours facile. \u00a0<\/p>\n<p>La tension li\u00e9e \u00e0 notre avenir incertain nous rongeait et, l\u2019un ou l\u2019autre, nous perdions parfois un peu notre sang-froid. (Je suppose que c\u2019est naturel dans ces circonstances.) Au bout d\u2019un certain temps, nous avons eu notre propre natte de bambou et un espace qui lui \u00e9tait en quelque sorte r\u00e9serv\u00e9 pr\u00e8s de notre cellule, qui allait d\u00e9sormais devenir notre centre social et notre lieu de rassemblement. Ce qui nous a vraiment aid\u00e9s \u00e0 passer le temps, c\u2019est le fait que nous ayons eu acc\u00e8s \u00e0 un \u00e9chiquier. Je n\u2019ai jamais autant jou\u00e9 aux \u00e9checs de ma vie qu\u2019\u00e0 Tete, et nous avons tous consid\u00e9rablement am\u00e9lior\u00e9 notre jeu. Prophet n\u2019avait commenc\u00e9 \u00e0 apprendre qu\u2019\u00e0 Songo et \u00e9tait devenu plut\u00f4t bon. Tino \u00e9tait notre meilleur joueur, Carlos et moi \u00e9tant \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 \u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p>Il y avait pas mal de champions parmi les autres d\u00e9tenus, donc parfois on organisait des tournois vraiment int\u00e9ressants. Naturellement, \u00e0 cause de notre connaissance limit\u00e9e du portugais, on tra\u00eenait beaucoup avec les prisonniers anglophones, surtout ceux du Zimbabwe ou du Malawi. Mais on s\u2019est aussi li\u00e9s d\u2019amiti\u00e9 avec certains d\u00e9tenus mozambicains. Apr\u00e8s la chamada du soir, on \u00e9tait cens\u00e9s rester dans les cellules, les portes ouvertes les jours normaux.<\/p>\n<p>C&#x27;\u00e9tait toujours le pire moment de la journ\u00e9e. M\u00eame avec les portes ouvertes, la sueur coulait \u00e0 flots et la surpopulation rendait impossible toute d\u00e9tente, voire toute partie d&#x27;\u00e9checs.<\/p>\n<p>De temps \u00e0 autre, des gardiens sadiques nous privaient m\u00eame de ce maigre r\u00e9pit et verrouillaient la porte. Nous avons appris par la suite qu\u2019ils agissaient ainsi pour soutirer de l\u2019argent aux d\u00e9tenus. Pour 15 m\u00e9ticais, on pouvait acheter le droit de rester dehors jusqu\u2019\u00e0 l\u2019appel final. Mais pas pour nous, les suspects de terrorisme. D\u2019autres soirs, lorsque des gardiens plus conciliants \u00e9taient de service, on nous autorisait \u00e0 nous asseoir devant la cellule tant que nous ne nous \u00e9loignions pas.<\/p>\n<h3>La bataille m\u00e9diatique \u2013 les grands noms s\u2019en m\u00ealent<\/h3>\n<p>Pendant que tout cela se d\u00e9roulait autour de nous, la temp\u00eate m\u00e9diatique qui avait d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 lors de nos derniers jours \u00e0 Songo prenait de l\u2019ampleur. Le pr\u00e9sident Armand Guebuza avait d\u00e9clar\u00e9 publiquement qu\u2019il mettait en garde les m\u00e9dias contre toute conclusion h\u00e2tive, mais il a rapidement pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019il allait maintenir une position neutre. \u00ab Laissons les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes s\u2019occuper de l\u2019affaire \u00bb, tel \u00e9tait le mantra. La Premi\u00e8re ministre mozambicaine, Mme Lu\u00edsa Dias Diogo, s\u2019est montr\u00e9e beaucoup plus directe en d\u00e9clarant publiquement que nous \u00e9tions manifestement innocents.<\/p>\n<p>\u00c9videmment, les r\u00e9sultats des nouveaux tests qui avaient \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9s \u00e0 Maputo avaient \u00e9t\u00e9 divulgu\u00e9s \u00e0 la presse. Peu apr\u00e8s, une \u00e9mission-d\u00e9bat diffus\u00e9e en prime time sur la t\u00e9l\u00e9vision nationale a trait\u00e9 de notre affaire.<\/p>\n<p>Le sociologue \u00e9tait tr\u00e8s probablement Carlos Serra, qui s\u2019est beaucoup int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 notre histoire. Si vous lisez le portugais, je vous recommande de consulter son blog. Comme nous n\u2019avions pas acc\u00e8s \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision (certains prisonniers privil\u00e9gi\u00e9s en avaient), nous n\u2019en avons eu connaissance que par ou\u00ef-dire. Un d\u00e9put\u00e9, un sociologue et un chimiste discutaient de notre affaire et s\u2019accordaient tous \u00e0 dire qu\u2019il \u00e9tait ridicule de nous garder enferm\u00e9s et que le pays s\u2019exposait \u00e0 toutes sortes de demandes d\u2019indemnisation, sans parler des r\u00e9percussions diplomatiques potentielles avec l\u2019Allemagne et le Portugal. C\u2019est une r\u00e9action compr\u00e9hensible de la part de personnes normales, intelligentes et ayant du c\u0153ur, qui n\u2019ont pas encore pris conscience du fait que, bien s\u00fbr, tous les gouvernements sont de m\u00e8che en coulisses.<\/p>\n<p>Des articles sur notre incarc\u00e9ration ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans la presse du monde entier, la plupart nous d\u00e9non\u00e7ant bien s\u00fbr comme une sorte de \u00ab secte New Age \u00bb (ce qui \u00e9voque des associations avec Charles Manson ou le massacre orchestr\u00e9 par la CIA \u00e0 Jonestown, pr\u00e9sent\u00e9 comme un suicide collectif). Un journal mozambicain, l&#x27;hebdomadaire ind\u00e9pendant \u00ab Savana \u00bb, s&#x27;est d\u00e9marqu\u00e9. Ses reporters ont vraiment pris la peine d&#x27;enqu\u00eater en profondeur sur cette affaire. Nous avons donc fait la une de ce journal avec le titre :\u00a0<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.orgoniseafrica.com\/images\/100118SavanaArticle.jpg\" alt=\"\"><\/p>\n<p>\u00ab Ridicule \u2013 comme dans un mauvais film \u00bb Si vous lisez le portugais, consultez Savana ici. Je tire mon chapeau \u00e0 ces journalistes courageux et sans tabou.<\/p>\n<p>Voici une s\u00e9lection large mais non exhaustive d\u2019autres coupures de presse en r\u00e9action \u00e0 notre article : <a href=\"http:\/\/news.bbc.co.uk\/2\/hi\/africa\/8039775.stm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">BBC,<\/a> <a href=\"http:\/\/allafrica.com\/stories\/200905080951.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">allafrica.com,<\/a> <a href=\"http:\/\/www.legalbrief.co.za\/article.php?story=20090518161737331\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Legalbrief<\/a><a href=\"http:\/\/www.highbeam.com\/doc\/1G1-199500729.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">, highbeam.com,<\/a> <a href=\"http:\/\/www.capetimes.co.za\/?fArticleId=4969773\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Cape Times<\/a><a href=\"http:\/\/architectafrica.com\/node\/1355\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">, architectafrica.com.<\/a> Vous pouvez vous faire une id\u00e9e de l\u2019\u00e9ventail des r\u00e9actions en tapant simplement les mots \u00ab sabotage cahora bassa \u00bb ou la version portugaise \u00ab sabotagem cahora bassa \u00bb dans votre moteur de recherche pr\u00e9f\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/cdn.shopify.com\/s\/files\/1\/0660\/4419\/8969\/files\/Screenshot_2024-07-11_at_10.57.29.png?v=1720688288\"><\/p>\n<h3>Trahison ou business as usual \u2013 Aimez votre avocat, mais ne lui faites jamais confiance<\/h3>\n<p>Le Dr Nhantumbo \u00e9tait le centre de tous nos espoirs et, au d\u00e9but, nous l\u2019aimions \u00e9norm\u00e9ment. C\u2019est un Africain beau, intelligent, \u00e9loquent et plein de vie.<\/p>\n<p>Nous avions le sentiment qu\u2019il \u00e9prouvait une v\u00e9ritable sympathie pour notre cause et un lien d\u2019amiti\u00e9 se d\u00e9veloppait entre nous. Apr\u00e8s notre transfert \u00e0 Tete, il nous rendait visite plus souvent et, comme indiqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, il nous nourrissait bien.<\/p>\n<p>Mais les choses ont alors pris une tournure \u00e9trange : au d\u00e9but, il nous a donn\u00e9 l\u2019impression qu\u2019il ne faudrait que quelques jours avant que le parquet abandonne ces accusations absurdes et nous lib\u00e8re. Bien s\u00fbr, son p\u00e8re ayant d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 juge \u00e0 Tete, il dispose d\u2019un r\u00e9seau important dans le milieu juridique de la province de Tete. Sa s\u0153ur est procureure \u00e0 Songo, o\u00f9 nous avons d\u2019abord \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s et d\u00e9tenus pendant plus de trois semaines.<\/p>\n<p>Les choses tra\u00eenaient en longueur et on nous disait d\u00e9sormais qu\u2019il fallait d\u2019abord \u00ab laisser les choses se calmer un peu \u00bb, car le Mozambique devait sauver la face et ne pouvait pas donner l\u2019impression de c\u00e9der trop facilement \u00e0 la pression \u00e9trang\u00e8re ou \u00e0 l\u2019opinion publique. Notre surprise fut d\u2019autant plus grande lorsque l\u2019acte d\u2019accusation officiel nous fut remis par un greffier.<\/p>\n<h3>Elle contenait quatre chefs d\u2019accusation :<\/h3>\n<p>1. Le d\u00e9lit d\u2019\u00ab alt\u00e9ration de denr\u00e9es destin\u00e9es \u00e0 la consommation publique \u00bb (comprendre : contamination de l\u2019eau)<\/p>\n<p>2. Le d\u00e9lit de sabotage (passible de 8 \u00e0 16 ans d&#x27;emprisonnement)<\/p>\n<p>3. Le d\u00e9lit de contrebande (l&#x27;orgonite)<\/p>\n<p>4. Le d\u00e9lit de mener des activit\u00e9s environnementales non autoris\u00e9es<\/p>\n<p>Il s&#x27;est av\u00e9r\u00e9 que les tests effectu\u00e9s \u00e0 Maputo, tout en confirmant que l&#x27;orgonite \u00e9tait essentiellement ce que nous avions d\u00e9clar\u00e9, aboutissaient n\u00e9anmoins \u00e0 des conclusions effrayantes concernant sa toxicit\u00e9 potentielle pr\u00e9sum\u00e9e.<\/p>\n<p>C&#x27;est ridicule quand on consid\u00e8re que la plupart des bateaux sur le lac Cahora Bassa sont fabriqu\u00e9s \u00e0 partir d&#x27;une r\u00e9sine tr\u00e8s similaire sous forme de fibre de verre et repr\u00e9sentent ensemble des centaines de tonnes de cette r\u00e9sine. La fibre de verre li\u00e9e \u00e0 la r\u00e9sine polyester est en fait utilis\u00e9e pour les r\u00e9servoirs d&#x27;eau potable. Il \u00e9tait clair que les r\u00e9sultats de laboratoire, rares et maigres, avaient \u00e9t\u00e9 agr\u00e9ment\u00e9s de sottises d&#x27;inspiration politique pr\u00e9sent\u00e9es dans le rapport.<\/p>\n<p>Les tests de laboratoire qui auraient \u00e9t\u00e9 men\u00e9s en Afrique du Sud n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s comme \u00e9l\u00e9ments de preuve.<\/p>\n<p>Alors que nous r\u00e9fl\u00e9chissions \u00e0 ces accusations et que nous essayions de rassembler des preuves pour y r\u00e9pondre point par point, nous nous attendions \u00e0 ce que notre cher Dr Nhantumbo se lance dans une fr\u00e9n\u00e9sie d\u2019activit\u00e9s, en nous rendant visite au moins une fois par jour (nous avions cinq jours pour pr\u00e9senter une contre-motion)<\/p>\n<p>Mais Nhantumbo n&#x27;est pas venu une seule fois pendant cette p\u00e9riode critique.<\/p>\n<p>Pas une seule fois.<\/p>\n<p>Notre tension montait jusqu&#x27;\u00e0 atteindre un niveau fr\u00e9n\u00e9tique. Un dimanche de cette p\u00e9riode, une grande surprise s&#x27;est produite :<\/p>\n<p>Nous avons re\u00e7u la visite de mon ami Fungai, venu apporter des preuves suppl\u00e9mentaires et assurer la liaison avec Nhantumbo.<\/p>\n<p>C&#x27;est par son interm\u00e9diaire que j&#x27;ai appris que Nhantumbo, au lieu de travailler sur notre dossier, avait n\u00e9goci\u00e9 avec acharnement avec Friederike au sujet d&#x27;une demande d&#x27;honoraires de 35 000 dollars am\u00e9ricains.<\/p>\n<p>Incroyable ! Nous n&#x27;en savions rien et avions \u00e9t\u00e9 coup\u00e9s de toute communication par l&#x27;absence de Nhantumbo, car c&#x27;\u00e9tait lui qui recevait les messages et nous les transmettait, et qui faxait \u00e9galement nos lettres \u00e0 Friederike, qui les distribuait aux autres.<\/p>\n<p>Nous avons \u00e9galement appris par Fungai qu\u2019il n\u2019y avait rien d\u2019\u00e9crit pouvant \u00eatre qualifi\u00e9 de \u00ab contre-requ\u00eate \u00bb sur le bureau de Nhantumbo.<\/p>\n<p>En fait, il nous a dit que Nhantumbo \u00e9tait rarement \u00e0 son bureau, mais qu\u2019il courait plut\u00f4t partout pour s\u2019occuper de toutes sortes d\u2019autres choses. En tout cas, nous n\u2019avons jamais vu de brouillon ni de copie d\u2019une quelconque requ\u00eate \u00e9crite que Nhantumbo aurait pu r\u00e9diger.<\/p>\n<p>\u00c9tait-ce une vaste supercherie ?<\/p>\n<p>Nhantumbo jouait-il sur les deux tableaux ?<\/p>\n<p>\u00c9tait-il le m\u00e9diateur d\u2019un accord corrompu avec les repr\u00e9sentants tout aussi corrompus du pouvoir \u00e9tatique ?<\/p>\n<p>Le jour de la date limite, j\u2019ai soudainement re\u00e7u la visite tr\u00e8s bienvenue de M. von Chamier, un fonctionnaire du consulat allemand au Mozambique.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait accompagn\u00e9 de Nhantumbo, qui pr\u00e9tendait que tout \u00e9tait en ordre entre nous. Comme nous avions l\u2019avantage de parler allemand et que von Chamier avait \u00e9t\u00e9 parfaitement inform\u00e9 par Friederike, nous avons pu parler ouvertement de nos inqui\u00e9tudes concernant l\u2019inaction vis-\u00e0-vis de la date limite et de nos soup\u00e7ons grandissants quant au fait que notre cher avocat mijotait quelque chose de louche.<\/p>\n<p>Il a d\u00fb le sentir, ou peut-\u00eatre comprend-il mieux l&#x27;allemand qu&#x27;il ne voulait bien le laisser para\u00eetre.<\/p>\n<p>Soudain, Nhantumbo s\u2019est mis \u00e0 se d\u00e9p\u00eacher de d\u00e9poser la contre-proposition \u00e0 temps (quoi qu\u2019il ait bien pu y d\u00e9poser, car nous ne l\u2019avons jamais vue). Nous l\u2019avons confront\u00e9 \u00e0 ce sujet apr\u00e8s avoir obtenu l\u2019information et lui avons dit de traiter AVEC NOUS, pas dans notre dos. Intuitivement, je lui ai dit que nous opterions pour 20 000, puisque nous \u00e9tions tous des adultes capables de conclure des accords.<\/p>\n<p>Je n&#x27;avais pas pr\u00e8s de cette somme, mais nous avons pu payer environ 8 000 \u00e0 ce moment-l\u00e0. Le reste nous a \u00e9t\u00e9 promis sous forme de prime de r\u00e9ussite apr\u00e8s notre lib\u00e9ration.<\/p>\n<p>Ma voiture et mon bateau ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s en garantie. Puis, tout s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9 et, quelques jours plus tard, nous \u00e9tions libres ! Bien s\u00fbr, nous \u00e9tions heureux, mais la situation restait d\u00e9licate.<\/p>\n<p>Notre lib\u00e9ration a de nouveau \u00e9t\u00e9 suivie par les cam\u00e9ras de la t\u00e9l\u00e9vision nationale mozambicaine, et de nombreux journaux souhaitaient nous interviewer. Nous n&#x27;en voulions pas. Pendant quelques jours, nous avons \u00e9t\u00e9 les invit\u00e9s personnels de Nhantumbo dans son appartement (je m&#x27;attendais \u00e0 une maison somptueuse de la part d&#x27;un avocat qui s&#x27;estime valoir 150 dollars de l&#x27;heure. C&#x27;est beaucoup d&#x27;argent au Mozambique. 20 000 dollars, c&#x27;est aussi beaucoup d&#x27;argent)<\/p>\n<p>Je n&#x27;ai pas encore rendu mon verdict final sur cet homme. Je ne porte pas de jugement.<\/p>\n<p>Friederike pense qu&#x27;il est l&#x27;incarnation de Belz\u00e9buth.<\/p>\n<p>Nous avons ressenti son hospitalit\u00e9 sinc\u00e8re et son d\u00e9sir de communiquer avec nous.<\/p>\n<p>En fait, je pense qu\u2019il parlait avec son c\u0153ur lorsqu\u2019il nous a dit que nous allions lui manquer, car il n\u2019a personne \u00e0 Tete \u00e0 qui parler d\u2019une vision plus large des choses.<\/p>\n<p>Nous avons rencontr\u00e9 beaucoup de ses amis et avons fait des barbecues avec lui sur le chantier de sa nouvelle maison. Nous avons jou\u00e9 avec sa charmante fille et avons d\u00een\u00e9 chez lui avec lui et sa femme. Peut-\u00eatre qu\u2019un accord de corruption \u00e9tait la seule fa\u00e7on pour nous de mettre fin \u00e0 cet \u00e9pisode et nous ne devrions bien s\u00fbr pas nous quereller \u00e0 propos de l\u2019argent. Un accord est un accord. Nhantumbo a vraiment aim\u00e9 l\u2019orgonite (je suis s\u00fbr qu\u2019il finira par r\u00e9cup\u00e9rer notre stock confisqu\u00e9 et qu\u2019il en fera bon usage au Mozambique). Sa s\u0153ur, qui est procureure, porte l\u2019un de nos zappers, alors que c\u2019est elle qui a fi\u00e8rement invent\u00e9 l\u2019expression \u00ab alt\u00e9ration de marchandises destin\u00e9es \u00e0 la consommation publique \u00bb, utilis\u00e9e pour l\u00e9galiser notre incarc\u00e9ration prolong\u00e9e.<\/p>\n<p>Je devenais de plus en plus d\u00e9prim\u00e9 car j\u2019avais l\u2019impression de finir par payer la note tout seul. Ce que je n\u2019\u00e9tais pas pr\u00eat \u00e0 accepter \u00e0 ce moment-l\u00e0. Je ne savais pas non plus si je reverrais un jour ma Land Rover et mon bateau. J\u2019avais aussi le sentiment tr\u00e8s fort que soudain, chacun de notre groupe \u00e9tait submerg\u00e9 par ses propres soucis et que j\u2019allais devoir faire face \u00e0 ce probl\u00e8me pratiquement tout seul. (\u00c0 l\u2019exception de Tino qui s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 \u00e0 payer sa part et avait \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 d\u2019autres activit\u00e9s men\u00e9es \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur pour faciliter notre lib\u00e9ration plus rapide.) Comme il devenait \u00e9vident que personne n\u2019allait r\u00e9unir le reste des 20 000 \u00e0 temps, nous sommes partis en avion, laissant la Land Rover et le bateau sous la garde d\u2019une connaissance de Nhantumbo dans la cour d\u2019un atelier de m\u00e9canique, derri\u00e8re des grilles ferm\u00e9es. J&#x27;ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 ces objets plus tard (un v\u00e9ritable test de courage pour moi de retourner au Mozambique dans ce but, mais sans probl\u00e8me) en prenant l&#x27;avion avec Fungai. (Une fois le paiement int\u00e9gral effectu\u00e9. Petite parenth\u00e8se : cet ami de Nhantumbo m&#x27;a factur\u00e9 3 000 meticais (soit 100 $ \u00e0 l&#x27;\u00e9poque) par jour pour le stationnement de la voiture. J&#x27;avais clairement compris 300. C&#x27;est plus cher que le stationnement \u00e0 Manhattan, o\u00f9 l&#x27;immobilier est probablement 100 fois plus cher.<\/p>\n<h3>TIA (C&#x27;est l&#x27;Afrique)<\/h3>\n<p>Au final, toute cette exp\u00e9rience s\u2019est av\u00e9r\u00e9e plus d\u00e9routante qu\u2019autre chose. \u00c9tait-ce orchestr\u00e9 par les hautes sph\u00e8res afin de nous d\u00e9courager de mener d\u2019autres exp\u00e9ditions de ce genre plus loin en Afrique ? Je suppose que c\u2019\u00e9tait le cas, dans une certaine mesure. J\u2019imagine que quelqu\u2019un, au sein de la hi\u00e9rarchie corrompue des services secrets, nous a fait surveiller et a ajout\u00e9 toute cette dimension de \u00ab sabotage \u00bb et de \u00ab terrorisme \u00bb.<\/p>\n<p>Pour le reste, il leur a suffi de laisser le syst\u00e8me corrompu et inefficace du Mozambique suivre son cours pour infliger une \u00ab punition sans crime \u00bb suffisante. N\u2019ayant aucun document attestant r\u00e9ellement que les charges retenues contre nous ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9es, nous n\u2019avons aucun recours juridique, aucune chance de demander une indemnisation ou quoi que ce soit d\u2019autre.<\/p>\n<p>Le fait que cette affaire se soit termin\u00e9e sans conclusion juridique claire nous laisse dans l\u2019incertitude quant \u00e0 notre statut juridique actuel au Mozambique. Tino et moi-m\u00eame sommes retourn\u00e9s au Mozambique depuis lors et rien de grave ne s\u2019est produit. Nous devrions donc peut-\u00eatre consid\u00e9rer que tout est termin\u00e9. En quelque sorte\u2026<\/p>\n<p>Je suppose que c&#x27;est un accord tacite : nous n&#x27;en parlerons plus, et eux non plus.<\/p>\n<p>Je suppose que cela nous a encore appris qu\u2019en Afrique, on attend traditionnellement de vous que vous demandiez la permission au chef si vous voulez faire quoi que ce soit sur les terres dont il est le seigneur.<\/p>\n<p>C&#x27;est encore difficile \u00e0 accepter pour nous, car nous sommes habitu\u00e9s \u00e0 la relative impersonnalit\u00e9 des relations entre un gouvernement et ses subordonn\u00e9s dans la tradition europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>On pourrait penser que ce que nous faisons ne rel\u00e8ve pas vraiment des affaires du gouvernement, mais dans un \u00c9tat policier comme le Mozambique, tout rel\u00e8ve de ses affaires.<\/p>\n<p>Il m&#x27;a fallu un certain temps pour le comprendre, mais au Mozambique, les gens ont vraiment peur des \u00ab autorit\u00e9s \u00bb, comme je ne l&#x27;ai vu dans aucun autre pays africain. D\u00e9j\u00e0 en 2005, lorsque nous avons remis un Cloud Buster au gu\u00e9risseur traditionnel Alexander \u00e0 Vilanculos, sa plus grande pr\u00e9occupation et sa plus grande crainte \u00e9taient de savoir ce que les \u00ab autorit\u00e9s \u00bb en diraient.<\/p>\n<p>Les villageois pr\u00e8s de Cahora Bassa, \u00e0 qui Prophet et Carlos montraient l\u2019orgonite, ont r\u00e9agi de la m\u00eame mani\u00e8re : \u00ab Que diraient les autorit\u00e9s \u00e0 ce sujet ? \u00bb<\/p>\n<p>Comme personne dans un pays comme le Mozambique ne veut assumer la responsabilit\u00e9 d\u2019une d\u00e9cision concernant quelque chose qu\u2019il ne conna\u00eet pas, cela signifierait qu\u2019il faut s\u2019adresser au sommet, au pr\u00e9sident, au roi de la terre et du peuple.<\/p>\n<p>C&#x27;est peut-\u00eatre ce que nous devons faire si nous voulons poursuivre notre travail au Mozambique.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h3>Enfin libres<\/h3>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/cdn.shopify.com\/s\/files\/1\/0660\/4419\/8969\/files\/090617StarArticle.jpg?v=1720687092\"><\/p>\n<products-toolbar class=\"products-toolbar flex items-center mb-8 products-toolbar--compare no-js-hidden\" id=\"products-toolbar\">\n<div class=\"products-toolbar__filter\">\n      <button type=\"button\" class=\"products-toolbar__filter-btn flex justify-between items-center text-current font-bold is-active js-toggle-filters\" aria-controls=\"facet-filters\" aria-expanded=\"false\"><br \/>\n        <span class=\"hidden md:block\">Filtrer<\/span><span class=\"md:hidden\"><\/span><\/button><\/div>\n<\/products-toolbar>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En taule.<\/p>\n","protected":false},"featured_media":2568,"parent":1543,"menu_order":0,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"expedition_category":[],"class_list":["post-5942","expeditions","type-expeditions","status-publish","has-post-thumbnail","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/servcrmpro.online\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/expeditions\/5942","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/servcrmpro.online\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/expeditions"}],"about":[{"href":"https:\/\/servcrmpro.online\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/expeditions"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/servcrmpro.online\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/expeditions\/5942\/revisions"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/servcrmpro.online\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/expeditions\/1543"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/servcrmpro.online\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2568"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/servcrmpro.online\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5942"}],"wp:term":[{"taxonomy":"expedition_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/servcrmpro.online\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/expedition_category?post=5942"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}